Littérature

La maison mauve

« Trois jeunes curieux découvrent une maison… »

Le jeune homme courrait et regardait derrière lui pour ne pas que ses amis ne le rattrape. Lorsqu’il ralentit, il ne vit pas le muret et tomba.

– Pouah! En plus de la pluie, j’ai de la boue sur mes vêtements maintenant! Heureusement que je ne me suis pas cassé quelque chose. se dit-il.

Il se releva en arrangeant ses vêtements de travers et entendit son amie l’appeler.

– Fééélix! Félix! Où es-tu?

– Je suis là! cria-t-il.

La brunette arriva et sauta sur son dos en faisant basculer une fois de plus le pauvre garçon dans la boue.

– Oh! Non! Charlie, je ressemble encore plus à un chien mouillé maintenant. dit le garçon.

Son amie rit et Félix qui faisait la moue se précipita sur elle pour la chatouiller. Frédéric, le dernier membre du trio, les rejoint essoufflé. Il détestait courir pour rien et n’était pas un grand sportif. Il soupira en voyant Charlie et Félix se chamailler et continua d’explorer le sentier boisé.

Au bout d’un moment, Frédéric vit un portillon et curieux décida d’entrer. Les deux autres adolescents, plus calmes, s’engagèrent aussi sur le sentier.

Des ronces jonchaient le sol et de vieux rosiers rendaient sinistre le petit chemin menant à une maison. Le trio n’était pas très rassuré et ils sursautèrent quand un oiseau s’envola de sa branche. Charlie pressa ses amis de partir, mais les garçons voulaient visiter la maison à l’étrange couleur mauve.

Ils n’eurent aucune difficulté à entrer, car la porte, sans serrure, s’ouvrait et se fermait battante. À l’intérieur, tout était vieux et la poussière régnait.

– Une chance que j’ai de la lumière sur mon téléphone! C’est noir ici. admit Frédéric.

– On ne peut pas rester ici; c’est la maison de quelqu’un d’autre et en plus c’est sale! dit Charlie.

– Tu es vraiment peureuse. On va seulement visiter et peut-être prendre quelques trucs intéressants. la nargua son ami.

La jeune fille serra les poings et voulut lui donner un coup, mais Félix les rabroua sèchement.

– Vous avez fini! Vous m’énervez tous les deux!

Charlie, en colère, poussa Frédéric et ignora Félix en avançant à son tour. Alors qu’ils continuèrent leur exploration dans le corridor principal de la maison, la jeune fille remarqua que de la poussière mauve les suivait en un mouvement fluide. Cela semblait si irréel qu’elle s’arrêta, fascinée, à la regarder faire des cercles autour d’elle. Soudain, la ligne mauve fit des étincelles pour ensuite se reformer en raies pâles.

Charlie sursauta et se réfugia dans  les bras de Félix pour qu’il la rassure, mais ce dernier était trop envoûté par la poussière pour se rendre compte de sa crainte. Il avait l’impression de flotter dans l’air et regardait la ligne mauve tourner autour d’eux.

Frédéric, guère à l’aise, voulut rebrousser chemin, mais le filet violet le poussa dans une autre direction.

– Félix, Charlie! Je veux partir! On s’en va! dit-il anxieux, mais les lignes violettes s’enroulèrent autour des adolescents et les paralysa semblant avoir envie de les étouffer.

Félix sortit de son envoûtement et réagit en entraînant ses amis dans le long corridor aux murs sales et qui semblait interminable. Dans sa fuite, Charlie lâcha sa main et morte de trouille se réfugia ailleurs.

Sans savoir où aller, elle entra dans la véranda de derrière et essaya d’ouvrir la vieille porte qui menait au jardin, mais la poussière violette réapparut. L’expression perdue de Charlie fit place à l’inquiétude et la poudre se matérialisa en âme vaporeuse illuminée par deux yeux mauve.

L’entité bougeait autour de l’adolescente et elle trouvait cela étrange, effrayant.

– Qu’est-ce que c’est que ça!? dit-elle statufiée par la peur.

Apeurée, Charlie ne bougeait plus et l’âme se mit à tourner lentement autour de la jeune fille pour aller de plus en plus vite jusqu’à se resserrer et ainsi pouvoir la broyer. Aveuglée par la lumière mauve, Charlie trouva le courage de bouger et bondit jusqu’à la porte, mais dans sa hâte elle trébucha et sa tête se cogna durement. Elle perdit connaissance.

Frédéric, quant à lui, avait pris une autre direction; celle des escaliers. Il entra dans une pièce espérant se cacher jusqu’à ce que ses amis le retrouve et essaya de trouver une cachette. Malheureusement, au même moment, la poussière mauve passa sous la porte et entoura les portraits accrochés aux murs.

Ils prirent vie et se mirent à dire des phrases sans queues ni tête. Frédéric sursauta et retourna vers la porte en tournant furieusement la poignée pour sortir, mais elle se brisa dans sa main. Des frissons le parcouraient alors et il se boucha les oreilles pour ne pas entendre les portraits.

– Tu crois devenir fou! Tu le deviendras! dit une voix

– J’ai moi-même combattu durant la première guerre! ajouta une autre voix rauque.

– Je te l’ai dit, Arthur, que la ferme serait ben mieux entretenue par la petite Fournier que par l’autre crécelle que Clément a marié! criait la femme d’une photo.

– Batince! Jeanne! Fais-s ‘y donc confiance à cette p’tite-là. A l’air d’une ben bonne ménagère pis les filles au bonhomme Tremblay se sont toutes de bonnes enfants ben élevées. Pis à leur place comme il faut. répondit le mari photographié.

Frédéric nerveux se recroquevilla sur lui-même et appela ses amis pour qu’ils puissent l’aider à sortir de la pièce, mais les voix parlèrent plus fort et continuèrent leur monologue insensé couvrant l’appel de l’adolescent.

– Le chatoiement des pierres du Rhin qui ornent son collier sont d’un rouge si vif… rajouta une dame d’une autre époque.

– Je te déteste Pierre. dit une femme

– L’armature de toute cette affaire est ben sombre, j’en doute pas un seul instant! cria une voix aiguë.

– Le crépuscule tombé tout est différent! Tu verras petit garçon; comme nous tu deviendras fou! crièrent les portraits.

Ils se mirent alors à bouger et à cogner sur les murs rendant Frédéric mort de peur et qui resta accroupi, près de la porte, espérant oublier les voix persistantes. La poussière mauve continuait de se propager dans tous les sens ajoutant de l’horreur aux portraits vivants.

Félix, qui était toujours dans le long corridor, avait peur. Il avait essayé de se rendre à l’entrée de la maison, mais le couloir semblait sans fin et les lignes violettes continuaient de tourner autour de lui et lui serraient le corps pour l’étouffer.

Il avait mal et inquiet pour ses amis, il renonça à sortir de la maison et se mit à courir vers la véranda espérant qu’ils si soient rendus. En entrant, il vit Charlie couchée au sol et se précipita vers elle, anxieux.

Il la secoua doucement et elle ouvrit enfin les yeux, étourdie.

– Félix? Qu’est-ce qu’on fait ici? Où est Frédéric? gémit-elle en se tenant la tête.

– Je ne sais pas Charlie. Tu as sûrement essayé de fuir par la véranda sans y arriver. Comment va ta tête?

– Bof! J’ai connu mieux! J’essayais d’échapper à la poussière mauve et j’ai trébuché. Ça m’a sûrement assommé un moment.

La jeune femme se remémora sa fuite et son angoisse grimpa un peu plus quant à l’idée de revoir la chose qui était présente dans la maison.

– Fff… Félix! On doit partir d’ici! J’ai tellement peur de cette entité aux yeux mauves! Je ne veux pas qu’elle s’en prenne à nous de nouveau. Trouvons Fred et partons! dit-elle.

– Tu as raison! Quittons cet endroit. J’ai peur moi aussi. Cette poudre violette m’a fait mal. J’ai des marques sur moi. C’est l’horreur ici. répondit Félix les yeux troublés.

Le jeune homme aida sa copine à se relever et ils quittèrent la pièce en appelant leur ami. Ils ne reçurent aucune réponse, mais entendaient des voix résonner de l’étage et décidèrent d’aller voir.

Durant la montée, les deux jeunes voyaient les poussières mauve devenir plus épaisses et aveuglantes et les voix perçantes, qui provenaient du boudoir, les rendaient davantage angoissés.

– Charlie. chuchota Félix.

– Quoi? répondit-elle.

– Regarde la porte est coincée, on dirait que quelqu’un a arraché la poignée qui est à l’intérieur. remarqua le jeune homme.

– Je pense seulement qu’elle est tombée et qu’on n’a pas pu la réparer. dit Charlie.

– Oui c’est vrai. Je pense pouvoir ouvrir facilement la porte avec mon épaule pour sortir Frédéric de là, s’il est ici. chuchota Félix.

– Attend! Félix! Regarde! Les lueurs violettes sont plus fortes ici. Je pense que l’entité est maintenant dans cette pièce. Et puis ces voix! On dirait qu’elles viennent d’un autre monde! J’ai peur. frissonna l’adolescente.

– Je sais! Je les entends, mais j’essaie de ne pas avoir peur pour notre ami qui est là-dedans et pour espérer sortir d’ici un jour.

L’adolescent avait peur, mais ne le montrait pas pour rassurer sa copine. C’est donc avec crainte, qu’il força la porte, décrépite, avec son épaule et ses bras pour entrer. Il ne put l’ouvrir complètement que Frédéric, qui avait senti qu’on le poussait, cria de peur et se précipita hors de la pièce en se bouchant les oreilles pour ne plus entendre les voix crier et parler.

L’horreur de la pièce se voyait d’autant plus, car la poussière mauve tournait sur elle-même à grande vitesse et provoquait des bourrasques aveuglantes par les saletés projetées et la lumière surnaturelle qu’elle produisait.

Charlie et Félix, blancs de peur, se retournèrent aussi vite et poussèrent Frédéric dans les escaliers pour quitter la maison. L’entité aux yeux mauves réapparut à leurs côtés et ses yeux les paralysaient de peur. Ils continuaient néanmoins de se précipiter dans les marches.

La poussière mauve volait, les saletés aussi et les portraits se mirent à pousser un long cri aigu quand, soudainement, l’entité se matérialisa devant les adolescents.

Elle se mit alors à tourner rapidement et le tourbillon de poussières et de détritus devint plus fort et fouettait le trio. Les portraits, eux, criaient encore plus fort.

– Félix! Il faut sortir d’ici! C’est infernal la poussière et les cris! cria Frédéric en se cachant le visage de ses bras.

– Je sais! Écoutez! On se prend les mains et on avance vers la porte. Ne laissez pas le fantôme vous toucher! Pouah! répondit-il le visage plein de poussière.

– Je vois la porte! hurla Charlie

– Moi aussi! dit Frédéric

Les adolescents avancèrent jusqu’à la porte et au moment où ils sortirent, l’âme aux yeux violets disparue en fines particules.

Ils s’enfuirent alors sur le sentier en essayant d’oublier les voix qui hurlaient toujours dans la maison.

– J’ai eu peur, vraiment peur de vous perdre les gars. dit Charlie.

– On a tous eu la frousse, mais c’est terminé. On ne revient plus ici promis? demanda Frédéric.

– C’est promis. répondirent Félix et la brunette alors que Fred hochait la tête.

Le trio cessa alors de parler et d’un accord muet, décidèrent d’oublier cette étrange maison mauve et les yeux violets terrifiants de la silhouette vaporeuse.

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© Quizz.biz

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